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Body Parking : utilisation de la stimulation environnementale restreinte pour déclencher des expériences de transe

Body Parking : a psychotechnological use of restricted environmental stimulation to trigger trancelike experiences

 

Un chamanisme sans chamane

Shamanism without shaman

 

La responsabilité personnelle comme facteur psychologique facilitant l’accès aux états de conscience modifiés

 Self-responsability as a psychological factor for facilitating the access to altered states of consciousness

 

Conscience et latéralisations primaire et secondaire

 

Psychotechnology of  subjective light as threshold to out-of-the-body-experience 

 

Le sommeil entre rêve et souvenir

 

Analyse psychophysiologique des cultes de la lumière, du soleil et du feu

The cult of light, sun and fire

 

 

Textes :

 

- Analyse psychophysiologique des cultes de la lumière, du soleil et du feu. Présentation d’une technique originale de développement des capacités psychiques humaines.

© Hugo B. J. Soder 1999

Depuis les temps préhistoriques, l’Homme a été fasciné par la lumière. Ses deux principales sources lumineuses naturelles étaient le soleil et le feu. Les traces les plus anciennes de domestication du feu sont datées de 450 000 années avant Jésus-Christ mais son usage a été généralisé seulement après 200 000 ans. Nous pouvons admettre que, depuis la découverte du feu, l’Homme a eu la possibilité de jouir nuit et jour de la lumière et de la chaleur. Cela implique la création d’une habitude vieille de plus de 250 000 ans d’exposition à la lumière.

De nos jours l’Homme a développé une forme d’accoutumance à la lumière. Cette photodépendance se manifeste dans les symptômes de dépression saisonnière principalement dans les pays occidentaux en automne et en hiver, quand l’Homme vivant continuellement sous lumière artificielle reste privé de lumière solaire. Le traitement ordinaire consiste en une simple exposition à un fort éclairage qui reproduit le spectre des fréquences de la lumière naturelle.

La fascination pour la lumière est aussi présente dans toutes les activités impliquant l’observation d’un écran lumineux, de la projection de diapositives au cinéma et de la télévision à l’ordinateur. L’observation de ces appareils diffusant de la lumière est devenue un élément majeur de la vie ordinaire. Cependant, il existe une différence importante en rapport avec la nature de la lumière. La lumière naturelle, directe ou réfléchie, est considérée comme relaxante, par exemple : prendre un bain de soleil, observer la réflexion des rayons solaires sur un lac ou se reposer devant une cheminée. Ceci est également vrai pour la lumière artificielle incandescente indirecte qui produit une sensation de confort.

La lumière artificielle directe, et surtout le néon, produisent des tensions et de la fatigue, de même que la télévision et l’écran de l’ordinateur. La raison principale en est la fréquence du courant électrique alternatif d’alimentation qui produit un effet de scintillement de 50 ou 60 périodes par seconde. En Suisse, au commencement de ce siècle, les hôtels de haute montagne étaient renommés pour leur atmosphère paisible. En effet, ils produisaient leur propre électricité avec des générateurs de courant continu. Leur éclairage était totalement exempt de fréquences parasites. Un autre exemple est la lumière stable et tranquille d’une lampe de poche alimentée en courant continu par ses piles.

L’homme a domestiqué la lumière. Un brillant éclairage artificiel d’excellente qualité est disponible 24 heures sur 24. Les voyages deviennent de plus en plus faciles et il est tout à fait possible de profiter de la lumière du soleil toute l’année. Les enfants et les adultes passent des heures à regarder la télévision ou à jouer des jeux électroniques. L’humanité est éclairée physiquement mais malheureusement ne l’est pas encore dans le sens spirituel. Cette véritable quête de la lumière a une origine psychophysiologique. Un effet secondaire familier mais négligé de la lumière est l’éblouissement. Ce processus physiologique automatique forme une tache lumineuse multicolore appelée phosphène, image consécutive ou lumière subjective.

Il y a différentes façons de produire des phosphènes :

L’image consécutive à un éblouissement produit par une source de lumière. Les phosphènes observés après avoir frotté ses yeux ou après avoir reçu un choc sur le crâne, également appelés phosphènes par compression. Les phosphènes obtenus par une stimulation électrique du cerveau.

Nous prendrons en considération seulement la première catégorie : les phosphènes en rapport avec l’observation d’une lumière. Un exemple bien connu est l’éblouissement par le soleil ou le flash d’un appareil photo. Comme ces expériences sont plutôt désagréables, nous avons spontanément tendance à les éviter ou à essayer de se débarrasser, le plus vite possible, de ces parasites colorés qui perturbent notre champ de vision.

Dans les protocoles expérimentaux, les phosphènes sont produits par l’observation soigneusement contrôlée d’une source de lumière électrique. Une lampe halogène de 50 watts alimentée en courant continu et filtrée par un verre blanc à la silice est allumée progressivement pendant 10 secondes. Sa lumière est observée pendant 20 secondes à une distance d’un mètre puis la lampe est éteinte.

Nous obtenons ainsi un post-phosphène, c’est à dire un phosphène consécutif à l’extinction de l’éclairage. Il reste visible, les yeux ouverts ou fermés, pendant environ 3 minutes. Une obscurité totale dans la pièce donne bien sûr de meilleurs résultats pour une observation expérimentale. La forme du phosphène est directement en rapport avec la forme de la source lumineuse. Si l’ampoule est sphérique, l’image consécutive sera semblable à un disque. Si un filtre triangulaire est placé devant l’ampoule, le phosphène aura la forme d’un triangle.

Après l’extinction de la lumière, le phosphène présente des mouvements irréguliers et change de couleurs. Il devient de plus sombre en plus sombre, semble alors plus sombre encore que son environnement visuel puis il finit par disparaître progressivement. Une faible lueur pâle reste encore visible pendant environ une minute. Cette lueur diffuse ressemble à un nuage verdâtre d’une dimension beaucoup plus grande que le phosphène.

Pendant les premières observations, il est nécessaire de se familiariser avec l’expérience et par exemple, à apprendre à stabiliser l’image consécutive. Cela s’obtient par un simple acte de volonté, il suffit de décider de ramener le phosphène au centre du champ visuel. A la lumière du jour, les yeux ouverts, on peut s’entraîner à projeter le phosphène sur un élément de l’environnement visible et essayer de le maintenir à cet endroit avant qu’il disparaisse.

Le co-phosphène, coïncide avec l’observation d’un éclairage. Il se superpose à la source de lumière et présente les mêmes propriétés que le post-phosphène. Le co- phosphène est obtenu généralement par un éblouissement accidentel ou en regardant volontairement une lumière brillante comme le soleil ou le un feu.

Dans le processus physiologique de production d’un co-phosphène, une phase tout à fait reconnaissable indique l’apparition de l’image consécutive. Après plusieurs secondes d’observation de la lumière, le phosphène commence à se superposer à la source de lumière et prend une teinte bleue très distincte. A ce moment, il n’est plus nécessaire de fixer la lumière, l’image consécutive est parfaitement formée.

En français, le verbe “éblouir” offre une perspective étymologique intéressante : “éblouir” dérive du latin populaire “exblaudire ” qui lui même provient du vieil allemand “blaudi” ou “blöde” qui signifie la fatigue oculaire. “Exblaudire” est aussi en rapport avec le mot “bleu”, la couleur bleue. Cela indique que le phosphène était reconnu comme une conséquence directe de l’éblouissement.

Les couleurs du phosphène changent pendant son observation. Le vert et le rouge sont généralement visibles pendant la première minute, puis les couleurs s’assombrissent et perdent leur importance. Le phosphène devient alors un objet distinct du champ visuel. L’esprit a spontanément tendance à se concentrer sur lui et sur ses variations de forme et de couleur. Ce processus induit facilement une transe légère, caractérisée par l’apparition d’images mentales et de visions qui se forment au-dedans et autour du phosphène. Ces visions semblent provenir directement de l’image consécutive et peuvent se maintenir beaucoup plus longtemps que le phosphène.

L’image consécutive réagit aux mouvements rythmiques comme si elle était un objet physique. Lors d’un balancement latéral de la tête au rythme de deux seconde (une seconde à gauche, une seconde à droite), le phosphène suit ce rythme en accompagnant exactement le mouvement de la tête. A un rythme plus rapide ou plus lent, le phosphène reste immobile. Ce balancement du corps sur un rythme de deux secondes peut être observé pendant la méditation dans de nombreuses cultures et par exemple pendant les prières des moines tibétains. Les visions et les mouvements rythmiques sont des éléments essentiels de la transe et des expériences mystiques qui sont à la base de tous les systèmes religieux.

Ce rythme de deux secondes influence également les pensées. Le rythme est un composant essentiel de la poésie, des litanies, des prières et des charmes. Lorsqu’un rythme lui est donné, une pensée gagne en précision, en densité et en force. Son intentionnalité est renforcée et ses propriétés suggestives ou auto- suggestives deviennent beaucoup plus efficaces.

Le processus physiologique du phosphène peut être analysé comme suit :

1. Observation volontaire ou accidentelle d’une source de lumière.

2. Apparition spontanée de l’image consécutive.

3. Concentration sur le champ visuel subjectif.

4. Focalisation de l’attention sur l’image consécutive.

5. Mouvements du corps rythmiques et spontanés.

6. Induction spontanée de pensées rythmées. 7. Transe, visions, expérience mystique.

Ce processus est à la base de toutes les techniques religieuses traditionnelles qui impliquent la présence d’une source de lumière. Depuis la prière devant une bougie jusqu’au culte du soleil. Dès la préhistoire, avec la maîtrise du feu, l’Homme a établi un lien avec l’énergie de la lumière. Le Maître de Feu, celui qui entretien la flamme, passait la plupart de sa vie à observer la lumière. Au travers de transes spontanées il induisait des expériences mystiques qui ont ouvert son esprit à une dimension spirituelle.

Dans son livre “Mythes, rêves et mystères”, Mircea Eliade décrit l’expérience mystique des candidats chamans esquimaux Iglulik : ” Finalement le candidat obtient “l’éclair”, “l’illumination” (qaumaneq) laquelle est décisive. Elle lui apporte une nouvelle sensibilité et lui révèle des capacités de perceptions extrasensorielles. Le qaumaneq consiste en une lumière mystérieuse que le chaman ressent soudainement à l’intérieur de sa tête, au centre de son cerveau, comme un feu clair qui lui permet de voir dans l’obscurité. Car maintenant, il peut voir dans le noir même avec les yeux fermés et connaître des événements futurs, normalement cachés aux autres hommes. Rien ne lui est plus dissimulé. Il peut aussi retrouver les âmes dérobées même si elles sont retenues dans des pays étrangers mystérieux ou si elles ont été emportées au pays de la Mort “.

Les cultures chamaniques considèrent que toute personne peut devenir un chaman, pour autant qu’elle suive une vocation personnelle. Cette idée implique ces certaines techniques pratiques ou initiations permettent d’apprendre comment devenir un chaman. Le processus psychophysiologique de l’observation du phosphène est une de ces techniques, tout à fait remarquable par sa simplicité.

Toutes les cultures qui associent la prière avec l’observation d’une lumière comme le soleil ou le feu, ont utilisé ce processus à une certaine étape de leur évolution volontairement ou non. Par exemple, ceci est vrai pour:

- Les Égyptiens qui adoraient le soleil pendant le règne du pharaon Akhénaton.

- Les Zoroastriens en Perse, adorateurs du feu qui priaient face aux flammes.

- Les rites d’initiation d’ Eleusis dans la Grèce antique.

- La religion de Mithra où le futur initié devait regarder une torche brûlante dans une caverne obscure.

- Les chasseurs dans certaines tribus africaines fixent les flammes du foyer pour

trouver où il y a du gibier.

- Les vieux Aborigènes australiens qui s’asseyent devant leur feu et essaient de communiquer mentalement avec des personnes éloignées.

- Les bergers qui prient au lever et au coucher du soleil. La plupart des apparitions miraculeuses dans l’Eglise catholique sont apparues à des enfants bergers.

- Les sorciers du Bourkina-Fasso qui cherche une vision en regardant la réflexion de la lumière solaire sur la surface d’un récipient rempli d’eau.

- Les devins qui utilisent des miroirs, des cristaux et la réflexion de la lumière.

Le phénomène des phosphènes a été redécouvert et étudié par Francis Lefébure (1916-1988), un médecin français de Paris. En 1960 il a publié une première étude sur les rythmes des phosphènes, suivie en 1963 par une nouvelle méthode de pédagogie et de développement personnel basée sur l’interaction des phosphènes et des pensées. Puis il a travaillé essentiellement à l’amélioration de sa méthode et a proposé l’explication psychophysiologique de nombreux rites religieux ainsi que d’initiations dans ” Phosphènes et origine de religions “.

Ayant eu le privilège d’étudier la neuropédagogie puis de travailler avec le Docteur Francis Lefébure pendant une dizaine d’années, je tiens à honorer ses travaux originaux en dédiant cet article à sa mémoire.

 

 

- Le sommeil entre rêve et souvenir. Propos de Hugo B. J. Soder recueillis par Jean-Samuel Grand pour la revue Itinéraires.

© Hugo B. J. Soder 2000.

Itinéraires: Hugo Soder, pourquoi les équipes de chercheurs sont-elles si souvent ambivalentes? D’un côté, elles parlent comme des scientifiques et de l’autre, leurs conclusions n’aboutissent la plupart du temps qu’à des constatations très pragmatiques et très simples ?

Hugo Soder: Par définition, toute démarche dite scientifique s’intéresse à des phénomènes observables et reproductibles. Parce que trop subjective, l’étude du ressenti et du vécu est malheureusement négligée. Les équipes de recherche sont en général soutenues par des bailleurs de fonds, comme par exemple les laboratoires pharmaceutiques, qui ont un intérêt commercial. En matière de médicaments, le monde du sommeil est un monde très lucratif.

Face au sommeil, comment répondent la médecine et la physiologie ? Elles exécutent des protocoles de mesures (électroencéphalographie, activité cardiaque, respiratoire, musculaire, etc.) et procèdent à des analyses pour savoir comment se comporte le corps du dormeur. Et elles en restent là, en parfaite cohérence avec la démarche scientifique classique.

La psychologie expérimentale nous ouvre cependant d’autres portes et nous pourrions commencer par nous poser une question très simple : que ressent un dormeur ?

Itinéraires : En effet, avec cette première précision : « Où suis-je quand je dors ? »

Hugo Soder : Il faut d’abord accepter une évidence : le processus d’endormissement est un état où l’on a l’impression que la conscience s’absente. En fait il y a une rupture dans la continuité de la conscience. C’est bien pour cela que le rêve peut devenir cauchemar puisque l’on a perdu sa lucidité critique. Il y a une simple explication à cela.

La physiologie a mis en évidence plusieurs phases de sommeil organisées en un cycle de nonante minutes. Parmi elles, la phase dite paradoxale correspond généralement à l’apparition du rêve. On constate aussi que la phase de sommeil paradoxale (la phase de rêve) ne suit jamais directement l’endormissement. Il y a donc une autre phase de sommeil qui s’intercale et rompt ainsi la continuité de la conscience. Ces différentes phases ont été très bien décrites et codifiées (cf. l’encadré).

On peut ajouter ceci : sans interventions extérieures tels que bruit, radio, réveil, etc., on a tendance à se réveiller naturellement à la fin d’un cycle de sommeil et à la fin d’une phase de sommeil paradoxal, donc à la fin d’un rêve. Et c’est pour cela que l’on peut garder le souvenir de ses rêves.

Itinéraires : Quelles sont les bonnes questions à se poser quant à son propre sommeil ?

Hugo Soder : Tout d’abord cela vaut vraiment la peine de s’intéresser à son sommeil, de l’observer, d’y être attentif. On peut se poser de simple questions : Est-ce que je me souviens de mes rêves ? Je rêve en couleurs ou en noir et blanc ? Est-ce que je ronfle, ou je parle en dormant ? Au fond est-ce que j’aime dormir ?

Et puis il y a quelques dispositions pratiques que l’on peut appliquer : Programmer son réveil dans des multiples de nonante minutes, c’est se réveiller plus

sûrement en fin de phase de sommeil paradoxal. Organiser son réveil pour avoir quelques minutes de tranquillité afin d’analyser et de

permettre le maintien du souvenir des rêves.

On peut s’aider en gardant un bloc-notes à disposition sur la table de nuit et y inscrire quelques mots-clés, qui permettront par la suite de se remémorer ses rêves.

Avoir une attitude d’ouverture responsable par rapport à son propre sommeil représente le premier pas qui aidera à résoudre les troubles de sommeil, les cauchemars et les angoisses.

J’insiste : il faut refaire connaissance avec son sommeil et l’apprivoiser tout à nouveau.

Itinéraires : Quelles différences y a-t-il entre le souvenir et le rêve ?

Hugo Soder : Faisons un petit exercice. Remémorez-vous un souvenir très agréable (par exemple : de vacances), faites l’effort de l’évoquer à nouveau. Maintenant rappelez-vous un rêve très agréable et évoquez-le de même. Comparez alors la valeur de la réalité subjective de ces deux souvenirs… Très vite, vous constaterez qu’il n’y a pas de différence de valeur, sauf que le premier est une réalité vécue physiquement et le second est également une réalité, mais subjective, que notre culture ne valorise pas. Pourtant la valeur émotionnelle de l’un est identique à celle de l’autre.

La valeur informative, donc éducative, est du même ordre. Prenez le souvenir de l’enfant qui se réveille et qui, dans son rêve, conduisait la voiture de ses parents, alors qu’il n’a jamais été assis devant un volant. Le rappel de ce rêve inclut des souvenirs de sensations subjectives, par exemple tourner le volant ou changer les vitesses. L’enfant dès lors se réveille avec un plus, parce qu’il ressent quelque chose qu’il n’a encore jamais expérimenté. Pour lui c’est un nouvel acquis.

Autre exemple : les rêves d’envol. Les personnes qui ont rêvé qu’elles volaient au-dessus de la campagne se réveillent avec le souvenir vécu de cette expérience pourtant impossible en état d’éveil (sensations du vent, du souffle, du vide, etc.). La valorisation du rêve est une source complémentaire d’information pour enrichir son vécu. D’ailleurs d’autres cultures, ainsi que nos anciennes traditions étaient conscientes de cela ; le rêve était toujours considéré comme une source d’inspiration.

Au fond, valoriser sa vie nocturne, c’est accéder à un mieux-être. C’est permettre une bonne adéquation existentielle. Nier ou négliger son activité nocturne, c’est gaspiller près d’un tiers de sa vie.

Itinéraires : Nous savons que vous-même menez des recherches originales dans ce domaine. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Hugo Soder : Je développe des techniques qui permettent d’accéder lucidement au rêve sans passer par le sommeil normal. Ces techniques de stimulations psychosensorielles combinent l’utilisation des sons, de la lumière, des couleurs et de la musique pour donner accès à un état de conscience qui présente les mêmes caractéristiques que la phase de sommeil paradoxal. On peut s’immerger, en toute lucidité et responsabilité, dans son univers de rêve, dont le souvenir aidera à enrichir son mieux-être.

Itinéraires : Peut-on comparer cela à un simulateur de vol, comme pour les avions ?

Hugo Soder : Le meilleur des simulateurs de vol reste un simulateur, car il est totalement distinct de l’expérience authentique. C’en est une copie, une réplique, un « clone ». Il s’agit de deux réalités bien séparées.

Dans le sommeil normal on accède au rêve par l’entraînement au souvenir, après le réveil. Dans les nouvelles techniques que je développe on entre directement dans le rêve. C’est une même réalité, mais avec deux chemins d’accès. La différence essentielle réside dans le fait qu’au travers du sommeil normal, l’entraînement au souvenir est long et fastidieux, alors qu’avec les techniques de stimulations psychosensorielles on accède au rêve dès la première séance.

Itinéraires : Que diriez-vous en conclusion sur ce monde encore trop méconnu du sommeil et du rêve ?

Hugo Soder : Le rêve est une dimension de la géographie de notre conscience, une terre vierge qui reste à défricher et à explorer. Le mot de Paul Eluard prend ici tout son sens quand il affirme : « Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci ! » A nous de le découvrir et de le révéler pour le mieux- être de tous.


 

- Conscience et latéralisations primaire et secondaire.

©  B. J. Soder 2002.

Toute action modifiant le fonctionnement des sens latéralisés entraîne une augmentation ou une diminution de l’effet de rétroaction sur le mode d’expression de la conscience, via son intentionnalité.

Selon qu’elle s’exprime par la volonté, la concentration et la focalisation, une latéralisation primaire est mise en place dans l’hémisphère gauche.

Une intention de contemplation et de lâcher prise, entraînera une latéralisation primaire dans l’hémisphère droit, compatible avec le phénomène sensoriel de synesthésie.

La latéralisation primaire est influencée par une rétroaction de la latéralisation secondaire.

L’isolation sensorielle diminue cette influence et favorise le rééquilibre fonctionnel de la conscience.

Une fois libérée de son habitude de localisation dans l’hémisphère gauche, habitude liée à l’amalgame intention-volonté, l’intention épurée permettra le libre choix de son mode de latéralisation en fonction du résultat attendu.

Il sera donc possible de modifier à volonté son expérience du monde.

Cependant l’intentionnalité de la conscience n’implique pas automatiquement une latéralisation de cette dernière.

Ce n’est qu’un mode d’expression qui sera dans un premier temps latéralisé au choix, puis soumis par rétroaction à la latéralisation secondaire, issue des sens.

Cette rétroaction perturbe la communication de la conscience avec son environnement en aggravant ou en annulant la latéralisation primaire.

La difficulté d’effectuer un choix volontaire de latéralisation primaire dans l’hémisphère droit, réside dans le fait que cet hémisphère ne se prête pas à un fonctionnement analytique compatible avec une explication précise ou avec une marche à suivre.

L’idée où l’image du lâcher prise et du laisser-faire se rapprochent le plus de ce processus de choix.

On peut également opposer l’intuition à la volonté, mais la difficulté de mise en œuvre efficace demeure.

L’action la plus pratique reste encore le travail sur les sens.

L’établissement d’une typologie de latéralisation secondaire permettra d’établir le degré de difficulté d’apprentissage de l’exercice de l’intentionnalité de la conscience par le choix de la latéralisation primaire.

L’isolation et la stimulation sensorielle seront les moyens d’action les mieux appropriés pour renforcer ou inhiber la latéralisation secondaire.

Ils permettront donc d’agir par répercussion sur la latéralisation primaire et donneront à l’individu le contrôle des modes d’expression de sa conscience et de sa perception.

 

 

- La responsabilité personnelle comme facteur psychologique facilitant l’accès aux états de conscience modifiés.

© Hugo B. J. Soder 2004.

L’étude des états de conscience modifiés (ECM) pose le problème de la relation sujet–objet entre l’étudiant et la matière étudiée étant donné que dans le but d’obtenir des informations de première main, l’étudiant doit s’étudier lui-même. Le sujet et l’objet sont donc confondus.

Nous n’aborderons pas ici les protocoles traditionnels d’étude d’un sujet tiers qui satisfont les critères de méthodologie scientifique classique. Nous désirons au contraire nous focaliser sur la situation paradoxale de l’étudiant sujet-objet, situation qui se retrouve dans la majeure partie de sciences humaines et qui tend à s’étendre aux nouvelles conceptions de méthodologie expérimentales des sciences dites « dures », comme la physique, où désormais l’expérimentateur est pris en considération comme étant un élément non négligeable pouvant influencer le résultat de l’expérience.

L’organisation d’une étude des ECM doit respecter les conditions élémentaires d’organisation de toute expérience scientifique. Il est indispensable, bien sûr, d’optimiser l’environnement matériel, de réunir les instruments de mesure et d’enregistrement nécessaires et de s’adjoindre la collaboration d’opérateurs et d’observateurs compétents. Cependant la difficulté majeure réside dans l’organisation du protocole de l’étude, étant donné que l’étudiant se retrouve au centre même de l’expérience. Ce protocole doit être établi de manière à respecter l’intégrité et la lucidité de l’étudiant. Il sera planifié par l’étudiant qui devra pouvoir contrôler personnellement chacune de ses étapes.

On peut facilement prendre comme point de comparaison l’organisation d’un voyage aller-retour. Il y a un point de départ un but et deux déplacements en sens opposés. Cette comparaison a été vulgarisée par les descriptions des « voyages » psychédéliques à l’époque des premières expériences de consommation de LSD. Malheureusement dans les cas d’absorption de drogues psychotropes, le contrôle de l’expérience reste aléatoire, voire inexistant.

Il ne suffit pas de subir le voyage, encore faut-il pouvoir le maîtriser. Il ne suffit pas d’être un passager, il faut être le pilote et mieux encore, il faut avoir une connaissance parfaite du véhicule. Alors seulement il devient possible de voyager de manière efficace en étudiant le parcours, en le modifiant si nécessaire pour revenir enfin au point de départ en toute sécurité, avec un maximum d’informations recueillies et prêtes à être partagées.

Nous comprenons donc que dans l’étude des ECM, le pilote et le véhicule ne font qu’un. Le voyage lui-même ne se situant pas dans une dimension spatiale matérielle et la dimension temporelle étant perçue subjectivement de manière discontinue. Le seul point de référence de l’étudiant-pilote utilisable durant le voyage se situe à un niveau mental de conscience de soi. C’est le point central de lucidité analytique, le centre de soi que la tradition occidentale localise au centre du crâne.

Il est donc primordial pour pouvoir étudier les ECM de maintenir une continuité de la lucidité durant toute l’expérience. Ceci va permettre de sélectionner parmi les diverses méthodes d’induction des ECM, celles qui sont les mieux adaptées au protocole d’étude. Nous retiendrons celles qui respectent les critères suivants :

Accès volontaire et conscient aux ECM. Expérimentation lucide des ECM. Réintégration volontaire et consciente de la réalité ordinaire. Liberté de communication de l’expérience.

Nous rejèterons les méthodes involontaires qui altèrent la lucidité, qui ne respectent pas le libre arbitre de l’étudiant ou qui lui imposent une dépendance aux effets d’une drogue ou aux manipulations d’une tierce personne. L’étudiant doit pouvoir expérimenter les ECM de manière libre, consciente, volontaire et personnellement responsable.

La notion de responsabilité personnelle doit être comprise ici dans le sens que lui donne le philosophe existentialiste Jean-Paul Sartre : « la conscience d’être l’auteur incontestable d’un événement». Ce qui implique également que cet évènement se fait à ses propres risques et périls. Cela nécessite aussi une décision préalable, un engagement personnel. Cette notion se retrouve dans la racine étymologique latine « respondere » qui signifie « s’engager », « se porter garant ».

Ayant rejeté les méthodes débilitantes, l’étudiant sera d’autant plus sensible aux techniques d’induction volontaires d’ECM qui privilégient l’estime de soi telle qu’elle est définie par le psychologue humaniste Abraham Maslow dans sa « Hiérarchie de besoins » : « L’estime de soi résulte de l’appréciation de sa compétence ou de la maîtrise d’une tâche ».

Cet état d’esprit appliqué à une technique d’induction volontaire d’ECM va renforcer le point de référence de l’étudiant-pilote et va enrichir sa conscience de soi. Sa lucidité, sa vigilance, son sens de l’observation, toutes ces facultés indispensable au succès de son étude, en bénéficieront directement.

Le protocole d’étude des ECM se présente alors comme suit :

- Organisation du cadre matériel de l’expérience. – Mise en place des ressources techniques. – Mise en place des ressources humaines. – Cartographie du déroulement de l’expérience.

- Choix d’une technique d’induction adéquate. – Optimisation des facultés nécessaires à l’expérience par un travail

personnel de l’étudiant sur la décision, la responsabilité personnelle

et l’estime de soi. – Renforcement de la conscience de soi (point de référence). – Déroulement de l’expérience.

Revenons aux critères de choix des méthodes d’induction des ECM les mieux adaptées au protocole d’étude :

- Accès volontaire et conscient aux ECM. – Expérimentation lucide des ECM. – Réintégration volontaire et consciente de la réalité ordinaire. – Liberté de communication de l’expérience.

Nous constatons que la conservation de la lucidité et le maintien volontaire du contrôle conscient de l’expérience sont particulièrement difficiles, comme l’illustre l’exemple suivant.

En 1949 Maya Deren se rendit à Haïti pour étudier et filmer les danses vaudoues. Dans son livre «The divine horsemen, the living gods of Haiti» elle décrit en détail les effets physiologiques et psychologiques des tambours sur son propre cerveau qui provoquent son apparente possession par Erzulie, la déesse vaudoue de l’amour.

Les battements des tambours induisent progressivement des mouvements du corps incontrôlables, qui culminent avec la sensation de la possession imminente :

«My skull is a drum ; each great beat drives that leg, like the point of a stake, into the ground. The singing is at my very ear, inside my head. This sound will drown me ! «Why don’t they stop ! Why don’t they stop !» I cannot wrench the leg free. I am caught in this cylinder, this well of sound. There is nothing anywhere except this. There is no way out. The white darkness moves up the veins of my leg like a swift tide rising, rising ; is a great force which I cannot sustain or contain, which surely will burst my skin. It is too much, too bright, too white for me ; this is its darkness. «Mercy !» I scream within me. I hear it echoed by the voices, shrill and unearthly : «Erszulie.» The bright darkness floods up through my body, reaches my head, engulfs me. I am sucked down and exploded upward at once. That is all.»

De telles sensations restent difficiles à comprendre pour celui qui n’a pas expérimenté les états de conscience modifiés. Même en toute liberté de communication, la structure de notre langage reste mal adaptée à ces descriptions. Maya Deren le remarque en sortant de sa trance :

«How clear the world looks in this first total light. How purely form it is, without for the moment the shadow of meaning…»

Cette expérience montre également ce qui peut arriver à ceux qui tentent de résister à l’induction d’ECM par un effort exagéré de leur volonté. L’émotion provoquée par l’induction ne fait que hâter leur abandon.

Maya Deren décrit comment elle a subi cet abandon. Immédiatement avant sa possession, elle s’est sentie devenir vulnérable aux battements des tambours et a tourné le dos aux batteurs. Puis dans un sursaut de fierté professionnelle, elle s’en est alors rapprochée :

«For I know that, today, the drums, the singing, the movements – these may ctch me also…To run away would be a cowardice. I could resist ; but myself, if I put aside the fears and nervousness ; if, instead of suspecting my vulnerability I set myself in brazen competition with all this which would compell me to its authority…»

Mais finalement elle se sent forcée à se soumettre :

«With a great blow the drums unites us once more upon the point of the left leg. The white darkness starts to shoot up ; I wrench my foot free but the effect catapults me across what seems a vast, vast distance, and I come to rest upon a firmness of arms and bodies which would hold me up… With every muscle I pull loose and again plunge across a vast space and once more am no sooner poised in balance than my leg roots. So it goes : the leg fixed, then wrenched loose, one long fall across space, the rooting of the leg again – for how long, how many times I cannot know.»

Ce récit illustre parfaitement les difficultés rencontrées par l’étudiant dans des expériences sur le terrain lorsqu’il ne contrôle pas l’organisation du protocole. De même, la communication en temps réel de la description de l’expérience par l’étudiant-participant ne peut se faire sans l’aide d’un matériel de mesures et d’enregistrement ainsi qu’avec la participation d’opérateurs et d’observateurs extérieurs, non impliqués dans l’ECM. Une deuxième description sera alors possible au terme de l’expérience, lorsque l’étudiant analysera les enregistrements et comparera son vécu personnel avec les témoignages des observateurs.

Le récit de Maya Deren nous a montré aussi qu’en l’absence d’un point de référence personnel fort, l’étudiant restait à la merci du processus d’induction d’ECM.

Les exemples suivants sont des expériences d’ECM vécues par des athlètes ou des explorateurs qui ont tous en commun des facultés de décision, de responsabilité personnelle et d’estime de soi hautement développées, donc de bons points de référence. La précision de leurs descriptions en langage simple et vivant est absolument remarquable. Ces exemples sont cités par Michael Murphy et Rhea White dans leur étude «In the zone, transcendant experience in sports», ou par Robert Crookall dans «Casebook of astral projection».

Mike Spino, running coach :

«In the winter of 1967, I was training on dirt and asphalt, paced by a friend who was driving a car. I had intended to run six miles at top speed, but after the first mile I was surprised how easily I could do it. I had run the first mile in four-and-a-half minutes with little sense of pain or exertion, as if I was carried by a huge momentum. The wet pavement and honking horns were no obstacle at all. My body had no weight or resistance. I began to feel like a skeleton – as if the flesh had been blown off its bones. I felt like the wind. Daydreams and fantasies disappeared. The only negative feeling was a guilt for being able to do this. When the run was over conversation was impossible, because for a while I didn’t know who I was. Was I the one who had been running or the ordinary Mike Spino ? I sat down by the roadway and wept. Here I was, having run the entire six miles on a muddy roadside at a four-and- a-half minutes pace, which was close to the national record and I was having a crisis deciding who I was.»

Charles Lindbergh during his epic flight across Atlantic :

«While I’m staring at the instruments, during an unearthly age of time, both conscious and asleep, the fuselage behind me becomes filled with ghostly presences – vaguely outlined forms, Transparent, moving, riding weightless with me in the plane. I feel no surprise at their coming. There’s no suddenness to their apparance. Without turning my head, I see them as clearly as though in my normal field of vision. There’s no limit to my sight – my skull is one great eye, seeing everywhere at once…All sense of substance leaves. There’s no longer weight to my body, no longer hardness to the stick. The feeeling of flesh is gone. I become independant of physical laws – of food, of shelter, of life. I’m almost one with these vaporlike forms behind me, less tangible than air, universal as aether. I’m still attached to life ; they, not at all ; but at any moment som thin band may snap and there’ll be no difference between us… I’m on the border line of life and a greater realm beyond, as though caught in a field of gravitation between two planets, acted on by forces I can’t control, forces too week to be measured by any means at my command, yet representing powers incomparably stronger than I’ve ever known… Death no longer seems the final end it used to be, but rather the entrance to a new and free existence which includes all space, all time. Am i now more man or spirit ? Will I fly my airplane on to Europe and live in flesh as I have before, feeling hunger, pain, cold, or am I about to join these ghostly forms, become a consciousness in space, all-seing, all-knowing, unhampered by materialistic fetters of the world ?»

Richard Byrd, exploring the Arctic :

«The day was dying, the night being born – but with great peace. Here were the imponderable processes and forces of the cosmos, harmonious and soundless. Harmony, that was it ! That was what came out of the silence – a gentle rhythm, the strain of a perfect chord, the music of the spheres, perhaps. It was enough to catch that rythm, momentarily to be part of it. In that instant I could feel no doubt of man’s oneness with universe. The conviction came that that ryhthm was too orderly, too harmonious, too perfect to be a product of blind chance – that, therefore, there must be purpose in the whole and not an accidental offshoot. It was a feeling that transcended reason ; that went to the heart of man’s despair and found it groundless. The universe was a cosmos, not a chaos ; man was as rightfully a part of that cosmos as were the day and night.»

Robert Kyle Beggs, swimmer :

«I was swimming back to the shore…Suddenly a mountainous wave broke over me. I went down, down, down into the quiet depths. I was so tired that I did not care. I felt peace settle over me. Well, I thought, I had tried, and I was so very tired. It seemed then that a wonderful transition occurred. I was no longer in the water but rather I was high above the water looking down upon it. The sky, that had been so grey and lowering, was iridescent with indescribable beauty. There was music that I seemed to feel rather than hear. Waves of ecstatic and delicate color vibrated around me and lulled me to a sense of peace beyond comprehension. In the water beneath me a boat came into view, with two men and a girl in it… Then I saw a blob of something floating in the water. A wave tossed it and rolled it over. I found myself looking into my own distorted face. What a relief, I thought, that that ungainly thing was no longer neede by me. Then the men lifted the form into the boat, and – my vision faded. The next thing I knew, it was dark and I was lying in the beach cold and sick and sore. The two men were working over me.»

Nous constatons dans tous ces récits la présence d’éléments rythmiques réguliers, ce sont :

- Pour Maria Deren, le battement des tambours vaudous. – Pour Mike Spino, le rythme de sa course. – Pour Charles Lindbergh, le bruit du moteur et les vibrations de son avion.

- Pour Richard Byrd, l’apparition spontanée d’un rythme dans un environnement pauvre en stimulations.

- Pour Robert Kyle Beggs, le rythme de sa natation et le bruit des vagues.

Ces rythmes sont des catalyseur d’accès aux ECM. Quoique tous différents ils se situent dans un spectre de fréquences en relation avec la physiologie humaine, soit directement comme le rythme de la course soit indirectement par un phénomène d’harmoniques, comme le bruit du moteur.

Ce spectre de fréquences correspond aux ELF, Extremely Low Frequencies (fréquences extrêmement basses) parmi lesquelles on retrouve les fréquences électriques émises par le cerveau et couramment enregistrées par électroencéphalographie.

Nous pouvons donc constater un phénomène de résonance psychophysiologique entre le sujet humain et son environnement vibratoire. La perception de certaines fréquences ou combinaisons de fréquences provoque l’induction d’ECM. Cette tendance des rythmes électriques du cerveau à être entraîné par les fréquences de stimuli sensoriels extérieurs est appelé FFR, Frequency Following Response FFR (réponse de suivit de fréquences).

Maya Deren, Mike Spino, Charles Lindbergh et Robert Kyle Beggs ont été exposés à des stimuli vibratoires qui ont induit des ECM par FFR.

Le cas de Richard Byrd est différent. Son expérience a été provoquée par la perception d’un rythme qui n’est devenu apparent que par le très faible niveau de stimulation de l’environnement arctique. Sa description permet de supposer que dans son état de relative isolation sensorielle il a perçu un rythme psychophysiologique fondamental issu de sa propre entité. Un rythme qui en conditions normales est recouvert par le bruit de fond des activités courantes et de l’environnement.

Nous devons aussi reconnaître dans ces témoignages, le rôle de la fatigue accumulée qui abaisse le seuil de vigilance et favorise un certain détachement de soi.

Nous pouvons désormais mieux définir les éléments de notre protocole d’étude idéal des ECM :

- L’organisation du cadre matériel de l’expérience se fera dans des conditions de stimulations sensorielles restreintes, compte tenu des ressources techniques et humaines nécessaires.

- Une cartographie de l’expérience sera établie sur la base d’un voyage virtuel relativisant les notions d’espace et de temps.

- La technique d’induction utilisera des rythmes provoquant le phénomène de FFR.

- L’étudiant optimisera ses facultés en se focalisant sur sa conscience de soi, renforcée par son estime de soi, en tant que participant- pilote de l’expérience.

Le plein succès de cette étude sera atteint en maintenant soigneusement l’équilibre délicat entre le point de référence de l’étudiant et le déroulement de l’expérience. Si le point de référence est exacerbé, une attitude d’impatience despotique aveuglera l’étudiant en perturbant sa lucidité et sa vigilance. Un point de référence affaibli entraînera une diminution de la conscience et par conséquent une soumission incontrôlée aux contingences de l’ECM.

L’étudiant cultivera donc un état mental respectueux de cet équilibre, totalement lucide et conscient de sa responsabilité personnelle.

Références :

Richard Byrd : « Alone », 1938.

Robert Crookall : « Casebook of astral projection », 1972.

Maya Deren : « Divine horsemen. The living gods of Haiti », 1953.

Gerke, Moushegian, Rupert, Stillman : « Human frequency following response to monaural and binaural stimuli », 1975.

Charles Lindbergh : « The Spirit of St Louis », 1953. Abraham Maslow : « Motivation and personality », 1954.

Michael Murphy, Rhea White : « In the Zone. Transcendent experience in sports », 1995.

Jean Paul Sartre : « L’Etre et le Néant », 1943. Mike Spino : « Running home », 1977.

 

 

- Un chamanisme sans chamane. Explorer les états de conscience modifiés à bord d’un appareil psychotechnologique.

© Hugo B. J. Soder 2009.

Remerciements:

Sans la participation de tous ceux qui spontanément m’ont accordé leur confiance et leur temps, je n’aurais tout simplement pas pu réaliser cette expérience.

Merci donc à

Ana N. Anna D. – L. Arnold B. Catherine S. Cédric T. Claude-Charles F. Corinne L. Denis E. Dominique G. Fabienne L. Françoise B. Irma C. Pierre K. Ljubomir S. Manny R. Maria M. Michel A. Mustapha B. Nashat S. Pierre-Alain A. Pierre-Alain B. René W. Ruth B. Sylvie D. Urs W. Vincent W.

Introduction:

Il est banal de parler à un homme ordinaire de réalité ordinaire dans un état de conscience ordinaire. Les difficultés surgissent dès que l’on veut décrire une réalité non ordinaire, telle que le « monde chamanique », perçue dans un état de conscience modifié.

Cependant, en apprenant à maîtriser le processus de modification de son état de conscience l’homme ordinaire pourrait découvrir l’existence de ce monde chamanique, il pourrait l’explorer, en prendre conscience et l’intégrer en tant qu’extension de son propre monde, sa réalité ordinaire serait désormais une réalité augmentée.

La problématique:

L’homme ordinaire a malheureusement tendance à considérer comme totalement impossible donc hallucinatoire tout ce qui n’est pas en accord avec sa réalité quotidienne. Son erreur consiste à rejeter l’existence d’une autre réalité à partir des seules données de sa conscience ordinaire.

Il reste fermé à l’idée d’explorer quelque chose qui suivant ses critères limités, n’existe pas. Le scepticisme envers la réalité non ordinaire considéré comme normal par la plupart des gens. Il n’y a pourtant pas de véritable opposition entre réalité ordinaire et non ordinaire. Leurs différences apparentes sont issues essentiellement de nos a priori culturels et intellectuels et de notre expérience limitée à notre état de conscience ordinaire.

Comme l’explique l’anthropologue Michael Harner, notre point de vue dépend directement de notre point de référence : « … la pratique chamanique permet de passer d’un état de conscience ordinaire (ECO) à un état de conscience chamanique (ECC). La différence entre ces états de conscience peut être illustrée au moyen d’une comparaison avec les animaux. Les dragons, les griffons et d’autres animaux que nous considérerions comme « mythiques » en ECO sont « réels » en ECC. L’idée selon laquelle ces animaux sont « mythiques » est un postulat valable et utile dans la vie ordinaire en ECO, mais superflu et sans objet dans les expériences chamaniques en ECC. Une personne en ECO peut parler d’imagination, de vision à propos des expériences en ECC. Inversement une personne en ECC peut percevoir les expériences en ECO comme illusoires en terme de ECC. Les deux positions sont justes, considérées du point de vue de leurs états de conscience respectifs .» (Harner : 1968)

La solution serait donc qu’un nombre important de personnes deviennent chamanes ou tout au moins aient la possibilité d’accéder facilement au monde chamanique.

La solution:

Des ressources techniques et une méthodologie en adéquation avec les contraintes de la réalité ordinaire permettent de créer la modification de conscience nécessaire à l’accès au monde chamanique. Son exploration est rendue désormais possible à tous, rapidement et facilement. Ce système psychotechnologique offre des opportunités d’expériences très pratiques qui mènent à une prise de conscience définitive de l’existence de réalités non ordinaires. Ceci implique également l’augmentation de la réalité ordinaire par l’acquisition d’informations issues du monde chamanique.

Sans avoir la prétention de rivaliser avec les pratiques traditionnelles et les rituels éprouvés depuis des millénaires, cette démarche s’inscrit dans une perspective d’élargissement des capacités humaines ouverte à tous. Ce concept d’utilisation de moyens techniques, pour effectuer une expérience pratique en une séance de courte durée et sans effort, rassure les sceptiques. Il permet à tous, sans contrainte particulière, une approche personnelle du monde chamanique, susceptible également d’éveiller de l’intérêt pour les enseignements traditionnels.

L’expérience:

Pour tester la pertinence de ce concept, nous présentons ici une expérience de communication avec le monde chamanique, effectuée du 1er au 20 février 2009 par 30 participants, totalisant 96 séances. L’analyse des résultats présente une parfaite cohérence avec les descriptions obtenues lors de séances de chamanisme traditionnel et les statistiques mettent en évidence un pourcentage très élevé de réussite.

Le but de cette expérience consiste à induire un état de transe chamanique en utilisant uniquement des moyens techniques de psychotechnologie. Au cours de cette transe la communication devient possible avec les entités définies comme « esprits » selon la tradition chamanique. Au terme de l’expérience, les informations ainsi obtenues sont mises en comparaison avec les éléments reconnus et décrits par la tradition. Pour en faciliter la perception, ces entités sont attendues sous leur forme animale, communément appelée animal de pouvoir.

La technique:

Les moyens techniques utilisés sont essentiellement une cabine de protection sensorielle et un dispositif de stimulation acoustique permettant l’écoute d’un enregistrement sonore (Soder : 2003). La cabine de protection sensorielle est une bulle de relaxation MEDIRELAX RelaxOne, modèle 2008 avec son équipement audio DENON RCD-M37, 2x 30 W et ses haut- parleurs FOCAL polyglass 165 CVX, 60–20’000 Hz, 93 dB. Assis à bord de la bulle de relaxation, le sujet écoute en état relaxation profonde un CD audio spécialement réalisé pour cette expérience. Cet enregistrement mixe le battement d’un tambour chamanique avec un chant traditionnel typique. Le tambour induit et entretient la transe, le chant joue le rôle de référence culturelle à la tradition sibérienne des Nenètses.

La durée totale de l’enregistrement est de 15 minutes. Le rythme du tambour est régulier, en moyenne 260 BPM, soit environ 4.3 Hz. Il s’accélère pour donner un signal de rappel 90 secondes avant la fin de la séance. Le réglage du volume général est fixe, il correspond à un niveau d’écoute de 74 +/-1 dB à la hauteur de l’oreille. Le chant débute après 45 secondes puis il se répète une fois en décroissant de volume jusqu’à un niveau imperceptible de – 70 dB. Dès la 4e minute il tourne en boucle à ce niveau jusqu’au signal de rappel du tambour.

Les séances:

Pour chaque participant, l’expérience se déroule en trois séances d’une durée de 15 minutes chacun. A la fin de chaque séance les informations sont décrites sur un questionnaire et/ou accompagnée d’un croquis. Après réinitialisation du CD, la deuxième séance à lieu, de même pour la troisième.

Le participant cherchera la position d’assise la plus confortable dans la bulle de relaxation. Le coussin doit soutenir la nuque. Les jambes ne sont pas croisées. Les avant-bras et les mains sont posés à plat sur les accoudoirs de façon à percevoir tactilement les vibrations sonores. Les coudes sont légèrement tirés en arrière pour dégager le thorax et relâcher les muscles abdominaux. Les yeux sont fermés et les muscles du visage détendus.

Au début de chaque séance et déjà assis dans la bulle, le participant doit exprimer brièvement mais très fermement à mi-voix ou mentalement son intention de rencontrer un animal de pouvoir. Puis il se laisse emporter par le son tout en laissant vagabonder son imagination et en attendant la manifestation de l’entité.

Il lui est recommandé de garder une attitude contemplative, sans faire d’effort particulier de concentration et de rester simplement ouvert et attentif aux informations qui apparaissent spontanément dans le champ de sa conscience. Ces informations se manifestent sous diverses formes qui peuvent être perçues visuellement, auditivement ou mentalement. Elles peuvent être très complexes et structurées comme dans une scène de rêve. Il est possible que plusieurs entités diverses apparaissent lors de la même séance ou que les manifestations obtenues lors d’une séance évoluent lors de la suivante.

Les participants:

Trente personnes volontaires ont participé à cette expérience. Ce sont onze femmes et dix-neuf hommes, âgés de vingt-deux à cinquante-sept ans, de classe moyenne, la plupart ayant un niveau d’étude moyen à supérieur. Dix-huit sont d’origine européenne, une d’origine africaine et une originaire du Proche-Orient.

Aucune sauf trois d’entre-elles n’avaient eu de contacts avec la tradition chamanique avant l’expérience. Toutes ces personnes ont accepté de participer spontanément, leur motivation principale étant la curiosité de « voir si ça marche ».

Les résultats:

Huit catégories de manifestations ont été retenues, en voici les résultats énoncés en fonction d’un total de 96 séances pour 30 participants, certains ayant effectué plus ou moins de 3 séances :

1. Absences totales de manifestations: 25 Parmi celles-ci, 3 personnes n’ont rien vu durant leurs 3 séances.

2. Manifestations d’animaux: 114 16 aigles = 14 % ; 10 chevaux = 8.7 % ; 7 ours = 6.1 % ; 6 loups = 5.3 % ; 5 tigres = 4.4 % ; 5 serpents = 4.4 % ; 5 cervidés = 4.4 % ; 4 lions = 3.5 % ; 4 chiens = 3.5 % ; 4 chats = 3.5 % ; 3 dauphins = 2.6 % ; 3 lapins = 2.6 % ; 3 chauves-souris = 2.6 % ; 3 animaux mythiques = 2.6 % ; 18 oiseaux de diverses espèces = 15.8 % ; 18 autres animaux = 15.8 % Au total, une majorité de 37 animaux volants = 32.5 %

3. Transformations en animaux: 8 6 transformations en aigles, 1 en loup, 1 en dauphin.

4. Sensations de voler: 17 Après transformation en oiseau, à cheval sur un oiseau, soulevé par un oiseau.

5. Perceptions de tunnels, tubes, galeries: 8 S’élevant vers le ciel ou s’enfonçant sous terre.

6. Perceptions de passages, ouvertures, déchirures: 6 Tous ouverts sur une perspective lumineuse.

7. Perceptions de tourbillons et mouvements circulaires: 9 Donnant une impression d’aspiration.

8. Visions d’assemblées en cercle: 9 Personnages assis autour d’un feu, ronde de danseurs, animaux autour de l’observateur.

Commentaires:

Mis à part 10 % des 30 participants, tous ont obtenu d’excellents résultats. Ces 27 personnes ont expérimenté en 87 séances réussies non seulement 114 (131 %) manifestations d’animaux de diverses espèces dont la plupart possèdent une forte signification symbolique ou mythologique, mais aussi 57 (65.5 %) perceptions typiquement en rapport avec le monde chamanique et particulièrement les transformations en animaux (9.2 %) et les sensations de vol (19.5 %).

Extraits:

# N 3.2 « Je vois un feu sous une tente. Des indiens forment un cercle autour de lui. Dans le feu, en surimpression, je vois un pélican … une patte d’ours déchire le tissu de la tente, par l’ouverture apparaît une grande surface de glace avec un ours et des eskimos.»

# N 3.3 « Je vois un feu. Dans les volutes de sa fumée apparaît un pélican. Il est aussi grand que moi. Je m’accroche à ses pattes. Nous nous envolons pour atterrir bientôt au milieu d’une grande forêt. Nous repartons en volant en direction du Nord et atterrissons à nouveau mais cette fois dans un paysage arctique.»

# 4.2 « … je vois aussi un feu qui brûle à l’intérieur d’une tente, au centre d’un cercle de musiciens ».

# 6.3 « … je commence à me transformer en oiseau, des plumes couvrent mon corps, je prends peur mais des ailes me poussent, elles s’ouvrent et je m’élève dans le ciel. Je suis devenu un aigle. Je vole en dominant le paysage, je vois comme l’aigle.»

# 7.1 « Un oiseau brun apparaît sur ma droite, il est très proche je vois sa tête et son corps, c’est un rapace. Soudain je me retrouve en vol, au- dessus d’une grande vallée où coule une rivière, au loin je vois des montagnes basses, plutôt des collines couvertes d’une herbe rase. Cette région est inhabitée. J’ai acquis la vision de l’oiseau, je vois à travers ses yeux.»

# 8.3 « Un aigle apparaît, c’est un aigle à tête blanche. Il me regarde et je me sens devoir être dans ses yeux. Je me retrouve en train de planer au-dessus d’une forêt de sapins.»

# 11.1 « Je suis allongé sur le sol, de nuit, au milieu d’une clairière. Autour de moi, à distance, des personnages sont assis en cercle, immobiles.»

# 11.1 « Un aigle à tête blanche me survole en venant de ma droite. Il s’approche et je vois ses yeux qui me regardent. Il m’invite à l’accompagner. Je vois à travers ses yeux, je vole, j’entends le sifflement du vent et je plane sans efforts dans la lumière du jour.»

# 14.3 « … un deuxième aigle se pose sur mon épaule droite, les deux oiseaux s’envolent et je m’élève dans le ciel avec eux, tenu par leurs serres. Ils m’emportent vers une montagne au sommet très rocheux, sa base est couverte de végétation, entrecoupée de chutes d’eau.»

# 16.2 « Je me trouve au milieu d’une vaste plaine recouverte de neige. Un énorme aigle arrive à ma droite. Il est si grand que je peux le chevaucher. Je m’envole assis sur son dos et nous survolons des plaines immenses.»

# 20.1 « Je sens l’air vibrer, il fait très chaud. Je voudrais être une panthère, mais un aigle prend sa place et je me transforme en lui, je suis à sa place et je vole au-dessus de hautes falaises.»

# 24.3 « Je sors d’un tube semblable à un grand rouleau de vagues. Je vois le sommet d’un sapin. Je suis dans une grande forêt au bord d’une rivière. Je suis transformé en loup. Je sens la pointe de mes oreilles. Je commence à gratter le sol et je vois mes pattes devant moi. Je me promène dans la forêt. Je vois un rocher élevé et je veux y grimper, mais à ce moment le loup se sépare de moi et je le vois grimper sur le rocher. Il redescend et je me transforme en lui à nouveau. Je retourne vers la rivière et m’en approche, elle est très bleue.

Comparaisons:

Les citations qui vont suivre permettent d’apprécier la similitude entre les résultats de cette expérience et les témoignages recueillis lors de pratiques chamaniques traditionnelles.

L’initiation du sioux Lame Deer : « J’étais seul au sommet de la colline. La nuit venait … je percevais une voix qui voulait entrer en communication avec moi. C’était le cri d’un oiseau … Je fus d’un coup transporté dans les airs parmi les oiseaux. Je pouvais baisser les yeux vers les étoiles et voir la lune à ma gauche.» Lame Deer & Erdoes : 1972)

Un indien winnebago lors d’une réunion d’adeptes du peyotl : « … je commençais par ne rien ressentir. Je regardais le peyotl quand m’apparut un aigle aux ailes déployées. L’oiseau me dévisageait…» (Radin : 1920)

Un participant aux études de Felicitas D. Goodman sur la transe religieuse : « Il faisait noir et j’éprouvais une sorte de succion sur mon front. Soudain mon front devint une tête d’oiseau noir. Je pris mon élan et volai longtemps au-dessus de la campagne environnante. Je me posai finalement sur un arbre. Des indiens dansaient en cercle tout autour. Je les observai…» (Goodman : 1977)

Première expérience chamanique d’un étudiant : « … Je fut accueilli par un loup gris … je l’ai empoigné solidement par la queue et nous sommes entrés dans la grotte puis nous avons suivi une longue galerie tortueuse. Nous avons émergé sur le flanc d’une colline dominant une étroite vallée. Il était tard et il faisait presque nuit. Au-dessous de nous brillait un grand feu autour duquel des danseurs faisaient la ronde.» Stevens & Sedletzky : 1988)

Conclusion:

Cette expérience a mis en évidence l’efficacité d’un système psychotechnologique relativement simple pour accéder au monde chamanique. Dès les premières séances, il permet d’entrer en contact et d’interagir avec les esprits pour obtenir ainsi de nouvelles sources d’expériences et d’informations.

« Beaucoup d’esprits auxiliaires sont des animaux qui possède non seulement une âme mais aussi d’utiles qualités manquant à l’homme. L’esprit auxiliaire provoque la première expérience et demeure par la suite un concentré et un rappel de cette expérience. Il n’est pas rare que l’identité du chamane se mêle bizarrement à celle de l’esprit auxiliaire. Recevoir l’aide d’un animal ou s’en servir de monture sont des moyens de s’approprier ses qualités en instaurant une façon de penser et de sentir analogue à la sienne. Ces différentes propriétés sont encore extérieures au chamane, mais celui-ci n’a qu’un pas à franchir pour devenir l’animal en s’appropriant ses qualités.» (Vitebsky : 1995)

Il est désormais devenu possible à l’homme ordinaire de franchir ce pas en utilisant un simple outil technique, ceci en parfaite harmonie avec la tradition chamanique.

Références:

Goodman, 1977 – Felicitas D. Goodman in Gary Doore « Shaman’s path » 1988, Shambhala, Boston

Harner, 1968 – Michael J. Harner « Shamanism » Oxford University Press, New York

Lame Deer & Erdoes, 1972 – John Fire Lame Deer & Richard Erdoes « Lame Deer seeker of vision » Simon & Shuster, New York

Radin, 1920 – Paul Radin « The autobiography of a winnebago indian » 1963 reprint, Dover Publications, New York

Soder, 2003 – Hugo B. J. Soder « RelaxOne » in www.medirelax.com

Stevens & Sedletzky, 1988 – Jose Stevens & Lena Sedletzky « Secrets of shamanism » Harper Collins, New York

Vitebsky, 1995 – Piers Vitebsky « The shaman, voyages of the soul from the Arctic to the Amazon » Duncan Baird, London

 

 

- BODY PARKING : utilisation de la stimulation environnementale restreinte pour déclencher des expériences de transe

 © Hugo B. J. Soder 2012.

 

L’homme qui revient après avoir franchi la

Porte dans le Mur ne sera jamais tout à fait

le même que l’homme qui y était entré.

 

Aldous Huxley, 1954

Les portes de la perception

 

Une métaphore

 

La comparaison du corps avec un véhicule suggère qu’après l’avoir parqué dans un espace adéquat, on puisse le quitter en toute sécurité pour pouvoir revenir l’utiliser en temps utile. Cette métaphore implique également le phénomène de dissociation du corps et de la conscience typiquement ressentie lors de l’expérience de la transe.

 

Le concept d’utilisation d’un véhicule est tellement intégré dans notre culture et dans nos habitudes que le simple fait de s’y référer provoque des réactions psychologiques de familiarité conscientes et inconscientes qui facilitent la compréhension du phénomène de la transe et permettent d’illustrer très simplement les conditions idéales nécessaires à son déclenchement, à son bon déroulement et à la réintégration de l’état de conscience ordinaire, en fin d’expérience.

 

Introduction

 

De tout temps, l’Homme a cherché à s’extraire des contingences matérielles pour accéder à une compréhension élargie de son environnement. Transcender les limites de son corps et de ses sens pour permettre à sa conscience de voyager librement dans l’Univers est une aspiration fondamentale de la nature humaine qui sous-tend tous les systèmes de croyances religieuses.

 

Selon l’orientaliste Grazia Marchiano Zolla « … dans la tradition hindoue, le corps est considéré comme essentiel à l’expérience métaphysique dans la mesure où il abrite quelque chose d’irréductible à la corporéité même, qui toutefois sans la corporéité ne pourrait pas se manifester. Le mot sanscrit « sarira », équivalent du latin « corpus » signifie littéralement « ce qui incorpore », on le décrit comme une coquille, une sorte de gaine de chair qui enveloppe l’entité « âtman » d’où provient le latin  «animus», l’âme… l’extase (la transe), dans la variété de ses manifestations mystiques, poétiques ou chamaniques naît du besoin humain irrésistible de briser la barrière du corps et de réaliser un détachement, une sortie de soi-même, une suspension du temps et un oubli intégral des conditions d’existence… Il s’agit d’une expérience qui met en jeu la personne dans la totalité de son être psychophysique. » (Marchiano Zolla, 1986).

 

Les techniques d’induction de transe qui agissent directement sur le corps séduisent par leurs aspects pratiques, aisément reproductibles et relativement faciles à décrire et à faire partager. Ceci explique le succès immense rencontré par l’usage de substances psychédéliques naturelles ou synthétiques qui ont permis à tant d’individus de franchir les «portes de la perception» chères à l’écrivain britannique Aldous Huxley.

 

Dans une moindre mesure, on retrouve cet intérêt pour les techniques d’induction de transes traditionnellement associées au chamanisme, non seulement pour les rituels de consommation de plantes psychotropes, mais aussi pour des techniques de stimulation psychosensorielle et corporelle, comme les danses ou les pratiques d’instruments à percussion.

 

Malgré leur efficacité indéniable, les substances psychédéliques présentent, en plus des risques évidents pour la santé, un inconvénient majeur : il est impossible de contrôler leurs effets en temps réel, durant l’expérience. Quelles que soient les doses absorbées, il est impossible d’en stopper les effets avant la fin de leur temps d’action.

 

Cet inconvénient n’apparaît pas avec l’usage des techniques de stimulation psychosensorielle qui peuvent être parfaitement modulées en cours d’expérience pour adapter celle-ci à la sensibilité du pratiquant, non seulement directement par ce dernier, mais aussi par une action d’origine extérieure.

 

Cette possibilité de contrôle et d’adaptation permet alors une grande précision dans l’usage de stimulations psychosensorielles de faibles puissances dont l’efficacité va dépendre de leurs qualités propres, mais surtout de la qualité de l’environnement où elles sont appliquées.

 

La qualité environnementale est obtenue par la stimulation environnementale restreinte qui crée un espace protégé et contrôlé, dont l’ambiance intérieure peut être modifiée par des stimulations psychosensorielles de manière mesurable et reproductible.

 

Expérience de pensée

 

Revenons à la métaphore du «Body Parking» pour décrire les qualités indispensables au «garage» qui favoriseront le «parcage» du «véhicule-corps» pour que le «conducteur-conscience» puisse le quitter et le réintégrer en toute sécurité. « En Europe, quand on parle de la mort on dit qu’un homme « rend l’âme » ; en Inde, un homme « abandonne son corps ». La différence est importante car dans un cas l’homme est un corps et possède une âme, et dans l’autre l’homme est une âme et possède un corps ». (Labat, 1997).

 

Effectuons une expérience de pensée pour visualiser ce «garage» sous la forme d’un espace de protection sensorielle spécialement conçu pour y accueillir le «véhicule-corps» dans les meilleures conditions de sécurité et de confort. Le but de cette expérience est de déterminer les conditions de stimulation environnementales restreintes nécessaires pour suggérer au «conducteur» que l’espace du «garage» peut se substituer à celui du «véhicule», pour le contenir comme une poupée russe. Le «véhicule-corps» cessera alors d’être perçu comme indispensable et le «conducteur-conscience» admettra la possibilité de le quitter. Cette prise de conscience est un facteur facilitateur indispensable au déclenchement de l’expérience de transe.

 

Ce processus de suggestion combine des déclencheurs passifs physiques qui agissent directement via les cinq sens et des déclencheurs psychologiques conscients et inconscients qui dépendent également des sensations, mais aussi d’activités mentales comme l’imagination et la prise de conscience. Les déclencheurs passifs physiques sont directement liés à l’espace du «garage», qui doit assurer une protection efficace contre les perturbations extérieures. Il doit être aménagé de façon neutre pour éviter de créer des perturbations intérieures et ne pas amplifier celles qui sont générées involontairement par le corps humain. Une isolation sensorielle absolue est impossible à réaliser, car même en l’absence de toute stimulation perturbatrice externe, le corps émet en permanence un bruit de fond sensoriel qui en temps normal est couvert par le flot des sensations. Paradoxalement, il devient son propre perturbateur.

 

Stimulation environnementale restreinte

 

Le «garage» sera plongé dans l’obscurité ou tout au moins dans la pénombre, à l’abri de toute source de lumière qui pourrait être perçue même les yeux fermés, à travers les paupières. Les parois du «garage» doivent opposer un blocage maximum aux bruits extérieurs. Les sons de hautes fréquences seront réfléchis, les sons de basses fréquences et les vibrations seront absorbés. Les revêtements des parois intérieures absorberont également les sons qui pourraient être émis et réverbérés par le «véhicule-corps». La qualité de l’air sera entretenue par un système de ventilation silencieux et ne produisant aucun courant d’air. La température et l’hygrométrie seront maintenues à un niveau neutre. Aucune odeur ne doit être perceptible. Toutes les surfaces doivent être libres d’électricité statique. Une isolation électromagnétique du type «cage de Faraday» avec mise à terre serait un avantage supplémentaire.

 

Le «véhicule-corps» repose sur un support qui le maintient dans une position réduisant au maximum les perceptions kinesthésiques et qui répartit son soutien sur une grande surface pour diminuer les stimulations tactiles. Le revêtement du support doit permettre la circulation de l’air pour éviter les phénomènes de transpiration localisés sur la surface de contact, ce qui engendrerait des sensations de différence de chaleur et d’humidité. Idéalement le corps ne devrait porter aucun vêtement, mais par souci de confort psychologique, il est préférable de porter des sous-vêtements amples en fibres naturelles. Tous ces éléments doivent se compléter pour entretenir une homéostasie idéale du «véhicule-corps» parqué dans le « garage ».

 

Les déclencheurs psychologiques conscients dépendent principalement du degré de sécurité, de confort et de bien-être ressentis par le «conducteur-conscience» à bord de son «véhicule-corps». Sa confiance dans l’efficacité de la protection sensorielle accordée par le «garage» doit être totale pour pouvoir déclencher la prise de conscience du déplacement des limites du «véhicule-corps» à celles du «garage».

 

Ce processus dépend aussi des déclencheurs inconscients que sont les réactions instinctives aux dimensions, aux proportions, à l’architecture et à l’esthétique de l’environnement, que l’anthropologue Edward T. Hall a étudié sous le nom de « proxémie ». (Hall, 1966). L’espace d’intimité virtuel qui s’étend autour de chaque être humain est semblable à une dimension cachée. Sa taille varie en fonction de la qualité de l’environnement.

 

Cet espace qui délimite le territoire vital indispensable à la sécurité est constamment surveillé par le subconscient, de jour comme de nuit. Un système rétroactif d’informations permet la réaction ou l’adaptation aux perturbations et aux agressions. Cette activité inconsciente permanente est une composante de l’image de soi et contribue à la stabilisation du sentiment d’identité.

Le fait de prendre simplement place dans un espace contrôlé et protégé comme le «garage» provoque immédiatement une baisse du niveau de vigilance et un réajustement de l’activité de surveillance subconsciente. Il en résulte un important accroissement du sentiment de sécurité, ce qui autorise la modification de la perception des limites du corps. Cette diminution de l’attention accordée au corps se traduit par la perte de la sensation corporelle. Le « véhicule-corps » cesse d’être considéré comme cadre de référence par  le « conducteur-conscience », qui se perçoit désormais comme une bulle de conscience flottant sans support physique.

 

Stimulation psychosensorielle contrôlée

 

A ce stade de l’expérience, il est nécessaire de fournir au « conducteur-conscience » un cadre de référence de substitution. Les cinq sens étant inhibés, l’espace mental est maintenant libre de toute perturbation extérieure, il est devenu disponible pour l’acquisition d’informations nouvelles. Des nouvelles stimulations sensorielles définies et contrôlées vont remplacer les stimulations anarchiques supprimées ou filtrées par le « garage ».

 

L’espace mental visuel doit rester dégagé comme un écran vide. Ce sera un vecteur ouvert, par lequel se manifesteront les visions issues de la transe. L’impression perceptive associée à la vue permet une appréhension de l’information globale et immédiate, semblable au « flash » ressenti par les voyants.

 

Le physicien Nikola Tesla décrit avec précision l’aspect de son écran mental avant l’apparition de visions :  « Lorsque je ferme les yeux, j’observe d’abord invariablement un fond d’un bleu très sombre et uniforme, qui n’est pas sans rappeler le ciel par une nuit claire et sans étoiles. Au bout de quelque secondes, cette toile de fond s’illumine d’innombrables paillettes vertes et scintillantes, arrangées en plusieurs couches et qui s’avancent vers moi… l’ensemble est abondement parsemé d’une quantité de lumières qui scintillent. Cette image se déplace lentement dans mon champ de vision … laissant derrière elle un fond de gris plutôt désagréable et inerte, qui cède rapidement la place à une tumultueuse mer de nuages qui tentent apparemment d’adopter des formes vivantes. » (Tesla, 1919).

 

Ce canal d’information ne doit pas être encombré par des images issues de souvenirs évoqués, de préoccupations visualisées ou d’autres constructions de l’esprit analytique. Ces éléments mentaux perturbateurs ne laissent aucune place à l’apparition d’impressions extérieures. Il faut aussi éviter d’accorder une attention excessive à l’espace mental visuel en attendent impatiemment un résultat. C’est pourquoi l’espace mental auditif fera l’objet d’une stimulation acoustique contrôlée, rythmique et de faible puissance, qui entraînera une sollicitation continue et répétitive de l’attention. Cette stimulation acoustique peut être aussi

simples qu’un battement de tambour ou très élaborée comme une symphonie classique. Elle doit pouvoir solliciter l’attention, tout en restant discrète et non invasive.

 

Colin Wilson, philosophe anglais, évoque ses sensations à l’écoute d’une telle stimulation musicale: « Bruckner, the composer, was a descendant of the great German mystics and the aim of his symphonies had been to make the supernatural real… his music was slow, deliberate … it has the nature of a story… Bruckner wanted to suspend the mind’s normal expectation of development, to say something that could only be expressed if the mind fell into a slower rythm.. I put them on when the house was quiet, and I calm my mind, as if I were lying on the seashore, listening to the sound of the sea… Bruckner’s symphony was always an incantation to induce the same state of mind, the sense of detachment from our humanity, of entering into the eternal life of mountains and atoms.” (Wilson, 1969).

 

Cette stimulation régulière et monotone sera reléguée par la conscience en arrière plan des perceptions. Elle restera cependant assez présente pour agir comme facteur de rupture de l’activité perturbatrice de l’esprit analytique. « La musique est véritablement un instrument extraordinaire de dérèglement des sens parce qu’elle s’adresse directement aux nerfs, aux tendons, au psychisme physique de celui qui sait écouter avec tous ses sens » (Labat, 1997).

 

L’attention portée à l’espace mental visuel sera distraite par la stimulation acoustique pour être amenée à osciller entre les impressions visuelles et auditives, jusqu’à ce que les impressions visuelles soient suffisamment structurées par la transe pour s’imposer d’elles-mêmes en tant que vision extérieure. A partir de ce moment l’attention restera focalisée sans effort sur le développement de cette vision.

 

Neuroscientist John Lilly, inventor of the isolation tank, experienced such a kind of vision: « In this unique environment, freed of the usual sources of stimulation, he discovered that his mind and his central nervous system functioned in ways to which he had not yet accustomed himself… He realized that there were apparent presences which were either created in his imagination or programmed into his brain by unknown sources when he was isolated in the tank. He experienced the presence of persons who he knew were at a distance from the facility. He experienced strange and alien presences with whom he had had no known previous experience. » (Lilly, 1978).

 

Conclusion : une transformation définitive

 

Le « conducteur-conscience » a perdu la notion de son environnement physique, le « véhicule-corps » et le « garage » ont disparu. Le « conducteur » ne conduit plus rien, il est totalement immergé dans une nouvelle dimension qui conditionne désormais sa perception du temps et de l’espace. Il a ouvert la porte à un flux de nouvelles informations qu’il explore au gré du déroulement de son expérience de transe. Après avoir franchi la Porte dans le Mur, l’Homme est définitivement transformé.

 

Références

 

Hall, 1966 – Edward T. Hall «The Hidden Dimension», Doubleday & Co, New York.

 

Huxley, 1954 – Aldous Huxley «The Doors of Perception», Harper & Row, New York.

 

Labat, 1997 – Stéphane Labat «La Poésie de l’Extase et le Pouvoir Chamanique du Langage», Maisonneuve et Larose, Paris.

 

Lilly, 1978 – John C. Lilly «The Scientist», Lippincott Williams & Wilkins, Philadelphia.

 

Marchiano Zolla, 1986 – Grazia Marchiano Zolla «Le Corps en tant que Véhicule de l’Extase, Notes Critiques» in «Transe, Chamanisme, Possession», Editions Serre, Nice.

 

Soder, 2012 – Hugo B. J. Soder «www.medirelax.com», Medirelax Sarl, Montreux.

 

Tesla, 1919 – Nikola Tesla «My Inventions» in «Electrical Experimenter», New York.

 

Wilson, 1969 – Colin Wilson «The Philosopher’s Stone», Arthur Barker Ltd, London.

 

 

 




 

 

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